RELIGIOUS IDENTITY AND CHANGE IN WALLIS & FUTUNA 

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RELIGIOUS
IDENTITY AND CHANGE IN WALLIS & FUTUNA

Mr Filihau ASI TALATINI Tuku‘atu Ha‘afuasia Kingdom of ‘Uvea WALLIS & FUTUNA filihau@wallis-islands.com 

« LOTU MAVAE Â» : IDENTITE RELIGIEUSE EN MUTATION A WALLIS & FUTUNA

FAKA‘APA‘APA:

E fai‘atu mu‘a haku faka‘apa‘apa ki te potu o te kau‘aliki, tafito tou ‘afio Lavelua o toe feia‘atu pe foki mo koulua Tuiagaifo mo Tuisigave. Toe faka‘apa‘apa‘atu ki tou ‘afio Moseniolo Lolesio mo teu matu’a tapu fuli pe. Pea toe fai‘atu pe foki haku faka‘apa‘apa kia koutou fuli pe kau fono o Uvea mo Futuna o feia‘atu mo te kaiga katoa o totatou u motu. Ko te ki‘i mo‘i pepa noa ‘aeni e talanoa tafito ki te potu ‘ae e higoa I totatou fenua ko te “lotu mavae”. Mole ko he fia poto pea mole ko he faka fihi ki he tahi I hena. Ka iai he potu e to hala ite gaue aeni, ke koutou faka lelei mai pe. Ko tona gata, faka malo‘atu. Ko au Filihau Asi Talatini.

SUMMARY:

Most of the people, even in the South Pacific, haven’t heard about the French territory of Wallis & Futuna. This tiny archipelago is located on 177°West 14°South, in Western Polynesia between Fiji, Samoa, Tonga and Tuvalu. Due to its size (230 square km) & to its restricted economical potential, it’s not often quoted in the regional publications.

For more than decades, Wallisians & Futunans have lived under a stable political system shared between the traditional chieftainship, the French administration, the Catholic Church & the political leaders. If this 1961 statute seems to allow many compromises between tradition and modernity, for the natives nothing has really changed. Their life is still organised around two main poles: the “aga‘ifenua” (custom) preserved by the ‘aliki [i] and the lotu (religion), which is in Wallis & Futuna, definitely associated to the Roman Catholic Church.

However, many social changes have appeared especially for the last 20 years. One of them is the end of the Catholic monopole on the religious scene. This article tries to sum up the main aspects of this inconspicuous evolution (shall we say revolution?) in the people way of life in Wallis & Futuna.

Considéré comme un territoire paisible et politiquement stable dans la région, Wallis et Futuna est un archipel où la vie sR17;organise au quotidien autour de deux  axes majeurs : la coutume et la religion. La première sR17;adapte tant bien que mal à lR17;évolution des mœurs et de la société locale, sous la conduite des R16;aliki1. Quant au lotu [ii] , lR17;Eglise catholique détient toujours une place primordiale, mais elle est depuis quelques années, concurrencée par des mouvements religieux chrétiens ou pseudo-chrétiens rassemblant à eux tous réunis 1% des 15 000 habitants. Cette minorité religieuse, ignorée des médias et des autorités officielles, est pourtant bien présente dans la société wallisienne et futunienne.

Le présent article tente de reprendre de manière simple mais aussi précise que possible les différents aspects de ce phénomène nouveau et ses implications dans la vie des habitants du Fenua [iii] . Peu d’informations sont disponibles sur les lotu mavae [iv] tant à Wallis et Futuna qu’à l’étranger, mais leur existence est désormais reconnue de tous. Quatre mouvements se distinguent : l’Eglise Evangélique, les Témoins de Jéhovah, l’Eglise évangélique de Pentecôte et l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours.

Qui sont-ils exacte [1] ment ? Quel est leur nombre exact ? Comment vivent-ils leur différence dans une micro-société très fortement imprégnée de la religion catholique ? Tant de questions qui se posent à leur sujet et qui seront abordées dans l’article qui suit.

PLAN

Contexte historique

Lotu ‘Afea : la religion des ancêtres

Lotu Toga : les teachers tongiens à Wallis

Lotu Katolika : le règne de la mission catholique

Etat actuel des religions à Wallis & Futuna

L’Eglise Catholique

Les lotu mavae :

Les Evangéliques

Les Témoins de Jéhovah  

 

Les Pentecôtistes  

 

Les Mormons

Conclusion

I. CONTEXTE HISTORIQUE

Pour comprendre l’importance que revêt la religion dans des îles comme Wallis & Futuna, il est important de saisir les différentes phases d’évolution qu’a connu le concept de lotu.

LOTU ‘AFEA : la religion ancienne

Plus connu aujourd’hui sous le terme de lotu pagani (religion païenne), le culte polythéiste des Wallisiens et Futuniens d’autrefois sera plutôt mentionné ici, sous le nom de lotu ‘afea c’est-à-dire de la religion ancienne, par opposition au christianisme.

La tradition orale, telle que rapportée par le R.P Henquel dans son recueil Talanoa Ki ‘Uvea Nei raconte que les habitants d’Uvea (Wallis) et Futuna croyaient avant l’arrivée des Européens en plusieurs divinités :

les ‘atua tupua ou dieux créateurs qui se retrouvent dans l’ensemble de la Polynésie : Tagaloa, Hina, Maui…

les ‘atua tanutanu : il s’agit des mortels divinisés à leur mort. Ce sont en général des nobles qui se sont fortement distingués de leur vivant.

les ‘atua muli : les dieux inférieurs ou esprits.

Le culte organisé par les taula‘atua (prêtres) était destiné à apaiser la colère des dieux, ces derniers se montrant en général malfaisants et responsables des catastrophes naturelles (cyclone, sécheresse) et des mauvaises récoltes qui touchaient le Fenua. Par ailleurs les Wallisiens et Futuniens croyaient également à la vie après la mort et à l’existence d’un monde de l’au-delà : le pulotu.

Comme dans les autres îles polynésiennes, la notion de tapu (sacré) revêtait et revêt encore de nos jours une grande importance. Elle entoure la personne des ‘aliki qui impose des interdits du même nom à la population. En tant que dépositaire des droits divins (Vakatapu), le chef suprême ou Hau a, à l’arrivée des Européens droit de vie et de mort sur l’ensemble de ses sujets. Cette dimension est surtout vraie pour Wallis, qui subit depuis le XIIème s. une influence majeure et une colonisation des Tongiens. Ceux-ci transposent à  ‘Uvea leur système d’organisation politique et leur modèle de chefferie à titres de type pyramidal, avec à la tête un souverain sacré. Par ailleurs Tonga réussit également à généraliser dans toute la Polynésie occidentale la cérémonie sacrée du Kava.

A l’heure des premiers contacts avec l’Occident (1801-1837), ‘Uvea, Alo et Sigave constituent des chefferies indépendantes des puissances de tutelle que sont Tonga et Samoa.

LOTU TOGA : les teachers tongiens à ‘Uvea

Si Tonga n’exerce plus d’autorité politique sur Wallis, les liens matrimoniaux et coutumiers demeurent très forts jusqu’à la fin du XIXème s. Le roi George Tupou Ier, père du royaume moderne de Tonga est baptisé en 1831 par les missionnaires wesleyens. Il trouve dans la religion protestante un formidable moyen pour reconquérir les anciennes dépendances de l’empire tongien : Lau, Samoa, Fidji, Niue, ‘Uvea…En juillet 1835, le chef de Niuatoputapu, Gogo Ma‘atu, sous l’impulsion du pasteur anglais David Cargyll, part pour ‘Uvea avec 45 de ses sujets. Malgré des débuts prometteurs avec 80 conversions notamment à ‘Utufua, la jeune mission finit par être massacrée. L’arrogance de certains Tongiens aurait été à l’origine de la « Guerre de Niua Â». Le pasteur Thomas considère ainsi qu’  « il n’y a pas de raison de blâmer le roi ou le peuple de Wallis car ils n’ont pas manifesté de mauvaises intentions vis-à-vis de la religion. Ils ont simplement réagi face à la mauvaise conduite de ceux qui professaient la nouvelle religion Â» [v] .

En janvier 1836, une deuxième tentative de conversion au protestantisme est opérée à partir de Tonga, avec cette fois des Wallisiens néophytes installés à Vava‘u. L’aristocratie d’Uvea s’interroge sur les ambitions de ladite mission et finit par s’y opposer ouvertement. Ce dernier échec pousse les Méthodistes de Tonga à abandonner peu à peu leurs visées sur Wallis et par la suite sur les autres archipels avoisinants.

Suite à cette incursion tongienne, le Lavelua et les chefs de Wallis auraient décidé de ne plus accepter de religion de la part d’autres Océaniens : «En matière de religion, tous les Océaniens se valent, c’est pourquoi les Tongiens ne doivent pas exporter leurs idées à ‘Uvea, ils ne doivent pas apporter la religion des Papalagi à ‘Uvea. Si une nouvelle religion Papalagi devait être introduite à ‘Uvea, il faudrait d’abord discuter avant de l’accepter Â» [vi] . 

LOTU KATOLIKA : le règne de la mission catholique [vii]

Les missionnaires protestants sont les premiers à s’installer en Océanie. La London Missionary Society (LMS), créée en 1797 touche progressivement les archipels de la Société, de Cook, de Samoa tandis que la Wesleyan Methodist Missionary Society (WMMS) envoie à partir de Sydney, des missions d’évangélisation vers Tonga, Fidji et d’autres archipels de Mélanésie. En quelques décennies, les îles les plus isolées de Polynésie : marquises, Ellice, Wallis & Futuna, Tokelau et Niue finissent également par abandonner leurs croyances traditionnelles.

A Wallis, le 1er novembre 1837, débarquent à bord du Raiatea des nouveaux venus dans la région : les missionnaires catholiques français. L’équipe est constitués de prêtres et de religieux de la Société de Marie, sous la houlette de Mgr Pompallier, s’installe d’abord à Wallis puis à Futuna. Si les débuts s’avèrent difficiles, avec notamment le martyre du Père Chanel à Futuna le 28 avril 1841, l’année suivante, on assiste cependant à la conversion en masse de la population wallisienne et futunienne.

Les missionnaires, par leur influence croissante sur les chefferies traditionnelles, réussissent un formidable travail de compréhension et d’acquisition des mécanismes de fonctionnement de la société locale. Conseillers privilégiés des ‘aliki, les prêtres catholiques arrivent à atténuer les tensions locales entre les districts et à créer un environnement « protégé Â». Avec la force de caractère d’hommes d’église comme Mgr Bataillon, Wallis & Futuna deviennent le noyau dur du catholicisme en Océanie. L’isolement de l’archipel et l’imposante présence de l’Eglise dans la vie quotidienne des habitants finissent par attribuer aux îles le surnom de « théocraties catholiques Â» [viii] .  

Cette mainmise va déterminer l’attitude des Wallisiens et Futuniens face à toute autre croyance :

les traces de la religion traditionnelle disparaissent très rapidement : prêtres, autels, cérémonies…Seuls quelques vestiges demeurent encore aujourd’hui : cérémonie du Kava, To‘okava [ix] , Kato‘aga [x] , Tapu [xi] et légendes. Les ‘atua deviennent alors des temonio (démons) ou tevolo (devil) et les temps anciens sont qualifiés de temi pagani : les temps païens.

La minorité protestante persiste encore en 1842 notamment à Falaleu, mais le départ définitif en 1851 du ‘aliki wesleyen Po‘oi pour Tonga met un terme à leur présence à Wallis. Dans les esprits des Wallisiens de l’époque, le protestantisme a toujours été associé à l’impérialisme tongien.

Parallèlement aux transformations des croyances, l’impact de la mission catholique sur l’avenir des îles Wallis et Futuna est lourd de conséquences :

d’ordre social : l’archipel se ferme aux aventuriers et autres « corrupteurs de mœurs Â». L’Eglise met en place un régime de contrôle assez strict sur ses ouailles grâce aux monarques et chefs dont ils deviennent les conseillers privilégiés.

d’ordre culturel : c’est la fin des tavaka (« voyages fous Â» en pirogue) et des relations traditionnelles avec les archipels voisins : Samoa, Tonga, Fidji.

d’ordre économique : l’isolement des deux îles et la  faiblesse des structures commerciales existantes sur place favorisent le maintien d’une économie traditionnelle d’auto-consommation.

d’ordre politique : les rois d’Uvea, d’Alo et de Sigave, adressent sous l’impulsion des pères maristes, en 1842 une demande de protectorat à la France. Celle-ci ne sera acceptée qu ‘en 1887, à l’heure du grand partage du Pacifique entre les puissances coloniales. La population locale confirme en 1959 sa volonté de rester sous la houlette de la République Française. En 1961, est créé le Territoire d’Outremer des îles Wallis et Futuna. Sans la mission catholique, la France ne serait pas présente dans l’archipel.

II. ETAT ACTUEL DES RELIGIONS A WALLIS & FUTUNA

Cette seconde partie fait un bref état des lieux sur les religions existant aujourd’hui à Wallis et Futuna : d’une part, l’Eglise Catholique à laquelle adhère la quasi-totalité de la population et les nouveaux groupes religieux.

L’Eglise Catholique

Fort de ses 164 ans de présence sur le Territoire, le catholicisme demeure la confession religieuse de 99% des Wallisiens et Futuniens. Considérée comme l’un des piliers de la société locale, la mission catholique a su s’accorder aux évolutions des mentalités :

1. Un clergé polynésien :

Si la priorité a toujours été de former des prêtres locaux [xii] , avec notamment la perspective de les envoyer servir dans les archipels avoisinants : Tonga, Samoa, ce n’est qu’à partir de la Seconde Guerre Mondiale, qu’ils deviennent plus nombreux. Les séminaristes sont envoyés au petit séminaire de Saint-Léon à Païta (Nouvelle-Calédonie).

En 1972, Mgr Lolesio Fuahea devient le premier évêque de souche locale. L’ensemble du clergé régulier et séculier est d’origine wallisienne et futunienne, Futuna fournissant désormais de manière régulière séminaristes, prêtres et religieux. Malgré un recul envisageable, les vocations religieuses ne manquent pas tant chez les hommes que chez les femmes, d’où une relative jeunesse des effectifs. Il faut par ailleurs prendre en compte les Wallisiens et Futuniens membres ou postulants à des congrégations religieuses, installés en Nouvelle-Calédonie, à Fidji, à Tahiti, en France et dans le monde entier [xiii] .

L’entrée dans les ordres constitue aux yeux des Wallisiens et Futuniens un véritable moyen de promotion sociale mais surtout un grand privilège pour la famille [xiv] . Le patele est très respecté de la population et reçoit quasiment les mêmes honneurs que les ‘aliki dans la vie de tous les jours et lors des cérémonies officielles comme le Kava.

2. Rapports avec la chefferie :

L’Eglise catholique et notamment la personne de l’évêque (‘Afio Moseniolo) joue encore aujourd’hui le rôle de médiateur entre la chefferie et la population [xv] . Il s’agit surtout de conflits propres aux districts, d’où une politique affichée par l’évêché de rotation des postes entre les cinq paroisses [xvi] , pour garder une certaine distance vis-à-vis des notables et de la population locale.

Reconnue comme partie intégrante de la coutume et de l’identité wallisienne et futunienne, la religion catholique est celle des chefs car elle a trait à ce qui est sacré c’est-à-dire tapu. Le syncrétisme et l’acculturation aidant, religion et pouvoir n’ont cessé de former un binôme efficace à Wallis et Futuna.

3. Rapports avec l’Administration française

Pendant près d’un siècle, la mission catholique s’est posée comme un fin intermédiaire entre une aristocratie locale dont elle tire son pouvoir et une présence coloniale française réduite à son minimum, auprès de laquelle elle  a trouvé protection et moyens.

A l’avènement de la territorialisation de Wallis et Futuna en 1961, l’Eglise réussit à obtenir deux concessions majeures :

l’article 3 de la loi du 29 juillet 1961 garantit « le libre exercice de la religion des habitants de Wallis et Futuna, et du respect de leurs coutumes et croyances Â» tant qu’elles ne sont pas contraires aux principes généraux du droit et à l’esprit de ladite loi.

l’accord de cession de l’enseignement primaire à la mission catholique par le Ministère de l’Education Nationale en 1969. La Direction de l’Enseignement Catholique (DEC) gère sous le contrôle et avec l’aide de l’Etat le fonctionnement des écoles primaires du Territoire. De ce fait, seul l’enseignement secondaire (collèges, lycée) est public et laïc, avec cependant une prise en compte des spécificités locales : langues vernaculaires, catéchèse).

4. L’Eglise et le milieu politique

La mise en place d’institutions « démocratiques Â» en 1961 a créé de nouveaux rapports de force : l’attitude de l’évêché, comme celle de la chefferie, a toujours été de garder une certaine distance ou plutôt de préserver sa dignité face au milieu politique. L’Eglise opte ainsi pour la neutralité en matière politique même si elle tient un rôle de conseil auprès des élus territoriaux et des décideurs locaux : participation au Conseil Territorial, messes d’ouverture des sessions de l’Assemblée Territoriale…

Toutefois la position officielle de la hiérarchie catholique n’empêche pas les initiatives privées en matière politique :

en 1978 : le père Tameha Falelavaki est candidat aux élections législatives à Alo, Futuna.

en 1998 : le frère Lopeleto Laufoaulu, issu d’une famille ‘aliki et directeur de la DEC, devient sénateur de Wallis et Futuna.

5. La société civile

L’évolution de la société, suite à l’ouverture du Territoire au monde et à la modernité, montre que l’Eglise catholique, tout comme la chefferie, doit désormais prendre en compte plusieurs facteurs liés aux bouleversements socio-culturels :

le phénomène syndical : la grève des enseignants de l’enseignement primaire du 30 juin au 16 août 1999 a révélé une certaine attitude de défiance à l’égard de la DEC mais a également montré une remise en question partielle des spécificités liées au statut de la religion sur le Territoire.

Le relâchement des mœurs intervenu avec une modernisation accélérée des sociétés locales: alcool, concubinage, travestisme, pornographie, petite délinquance.

Un changement des mentalités certain : volonté d’exploitation des terres de la Mission, qui reste le plus gros propriétaire de l’île de Wallis ; plainte déposée par des élèves contre une personnalité religieuse pour mauvais traitements et procès devant le tribunal de première instance de Mata‘Utu en 1997.

L’expatriation : si les Wallisiens et Futuniens vivant à l’étranger demeurent en général fidèles à la coutume et à la foi catholique, on remarque cependant une baisse de l’engagement et de la ferveur religieuse, caractéristiques des paroissiens du Fenua. Quelques-uns d’ailleurs finissent même par se convertir à d’autres mouvements religieux ou sectes, rassemblés sous le terme de lotu mavae par opposition à la religion catholique « officielle Â».

 

Les lotu mavae :

Jusqu’au milieu des années 1980, la seule Eglise qui existait à Wallis et Futuna était de toute évidence l’Eglise catholique. Si les données officielles mentionnent toujours le Territoire comme « 100% catholique Â», il faut désormais prendre en compte le phénomène discret mais bien réel des lotu mavae. Peu évoquée par les médias et les autorités locales, la situation de ces néophytes demeure mystérieuse aux yeux des Européens de passage et des Wallisiens et Futuniens eux-mêmes. Curieusement, le sujet paraît tapu et les habitants ne préfèrent pas l’évoquer, peut-être par manque d’intérêt ou peur des représailles.

Si l’on s’en tient à un chiffre de grandeur [xvii] , les lotu mavae seraient entre 150 et 200 membres et sympathisants installés sur le Territoire. Tous se rattachent à des dénominations protestantes ou à des groupes d’inspiration chrétienne, existants dans les autres pays [xviii]  :

l’Eglise évangélique

les Témoins de Jéhovah

l’Eglise évangélique de Pentecôte

l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours

Ces mouvements partagent plusieurs points communs :

une présence récente sur le Territoire

une provenance privilégiée : Nouméa

une importance attribuée aux écrits

un rejet plus ou moins affiché de la part des sociétés locales

1.  L’Eglise Evangélique

L’Eglise évangélique de Wallis et Futuna, plus connue sous le nom local de ma‘uli fo‘ou (« la nouvelle vie Â»), est à l’heure actuelle le mouvement qui rassemble le plus de membres répartis sur les deux îles.

Origines [xix]

En 1975, le fils aîné d’un éminent chef d’Alo qui deviendra Tuiagaifo quelques années plus tard se rend à Lyon pour poursuivre ses études supérieures. C’est l’un des tous premiers étudiants boursiers du Territoire et il est également président de l’association Fetu‘u Fo‘ou. Il adhère peu de temps après à l’église évangélique et convertit quelques-uns de ses proches, présents en Métropole. Dix ans plus tard, son frère et deux cousins décident de rentrer au Fenua et constitue ainsi la première équipe missionnaire à être envoyée sur le Territoire. Leur objectif est clair : évangéliser l’île natale et travailler à la traduction de la Bible en futunien.

Organisation

Aujourd’hui l’Eglise évangélique, officiellement constituée en Association cultuelle de Futuna et de Wallis en 1996, compte désormais plus d’une centaine de membres. Son siège est situé à Vaipalapu (Ono) dans le royaume d’Alo. Les familles converties sont concentrées à Alo et en particulier dans les villages d’Ono et de Vele où se réunissent les membres de la communauté. Mala‘e, Taoa, Kolia et même Fikavi ont leur lot de néophytes. Les liens privilégiés entre les Futuniens et le district de Hihifo ont permis au début des années 1990, de mettre en place une antenne wallisienne à Vailala et des représentants auprès de la communauté expatriée (Nouméa, Lyon).  Quelques missionnaires européens sont envoyés de Nouvelle-Calédonie, de France ou de Suisse, pour renforcer l’équipe locale, mais il s’agit en général de séjours ponctuels et de courte durée. Les dirigeants du mouvement sont tous futuniens et issus du même clan.

L’église observe depuis quelques années une croissance soutenue en membres, il faut cependant nuancer leur nombre compte tenu de la participation et de l’engagement des « sympathisants Â». Ces derniers ne sont pas baptisés mais il participent aux activités organisées par la communauté (culte, études bibliques, activités des jeunes, école du dimanche…) souvent en raison des liens familiaux qui existent avec certains des membres. En effet, l’augmentation du groupe est surtout due à la conversion de familles entières. Les premières personnes à se faire baptiser sont souvent les femmes, suivies de leurs époux et enfants, des kaiga (proches) et des amis. La ferveur religieuse se manifeste surtout par l’ampleur des réunions organisées à Vaipalapu notamment, où se réunissent de manière quasi-quotidienne les fidèles. Un tel phénomène est observé dans des archipels voisins comme Tuvalu, Samoa, Tonga  ou Niue où les church activities occupent une place primordiale dans la vie des habitants.

Les réunions tiennent un rôle important dans l’esprit des membres de cette église dans la mesure où la société locale est avant tout de tradition orale et où plusieurs personnes ne savent ni lire ni écrire. Pour permettre un approfondissement de leurs convictions, les dirigeants ont achevé la traduction de la Bible en futunien et 25 ans après les travaux entamés à Lyon, l’événement a été marqué en octobre 2000 par des festivités sur l’île : kato‘aga, kava et danses en présence des différentes autorités de Futuna. Il s’agit du premier ouvrage publié en langue futunienne [xx] .

Impact

L’histoire du Ma‘uli est avant tout reliée à l’île de Futuna. L’identité même du mouvement trouve sa source dans la vie des quelques piliers de la communauté. En 1985, à l’arrivée des pionniers, le mouvement est tout de suite qualifié de secte et les premières conversions créent le désarroi dans la société locale. La chefferie ne sait que prendre comme décision.  Elle condamne dans un premier temps les réfractaires à réintégrer l’ordre religieux traditionnel tant à Futuna qu’à Wallis. Puis elle revient sur sa décision compte tenu du statut ‘aliki des dirigeants et de l’implication de certains de leurs proches dans le ma‘uli, dans le village d’Ono en particulier. A Wallis, la situation est plus difficile, la communauté de Vailala est assez retirée et rejetée. Aujourd’hui, la plupart des membres de l’Eglise évangélique participent au fatogia [xxi]  : tau‘asu (kava informel du soir), kato‘aga (offrandes), travaux de village, confection de nattes et d’objets artisanaux…Seules les activités organisées par la chefferie pour le Lotu Katolika ne sont pas obligatoires.

La position de l’Eglise catholique s’est surtout révélée au travers de l’affaire des « enseignantes protestantes Â». Après discussion avec le directeur de la DEC de l’époque, les intéressées, qui comptaient parmi les premières à se convertir, ont dû démissionné en raison de leurs convictions religieuses. L’Administration, quant à elle, ne souhaite pas entrer dans la polémique, et en tant que représentante d’un Etat français laïc, joue la carte de la neutralité. Les membres de l’église évangélique, formés à Nouméa et en Métropole, occupent pour la plupart des postes dans les différents services publics existants à Futuna : garde territoriale, travaux publics, collège, hôpital.

Compte tenu de l’organisation de l’espace social et géographique de chaque île, les réactions de la population villageoise sont différentes. A Futuna, berceau du Mau‘li fo‘ou, les adeptes ont toujours été plus ou moins tolérés. Les liens familiaux et amicaux facilitent l’intégration du mouvement dans le village, sous le couvert des ‘aliki. La position des jeunes protestants est plutôt ambiguë dans la mesure où il s’agit avant tout d’une conversion familiale à laquelle ils n’adhèrent pas forcément dans leur for intérieur ou dont ils ne sont pas entièrement convaincus. Ainsi, peut-on curieusement observer une certaine liberté dans leur engagement vis-à-vis de la communauté. La transition avec leur passé catholique se fait difficilement et les compromis sont pratique fréquente pour ne pas être rejetés des autres. Leurs aînés maintiennent une forte autorité collective (les anciens de la communauté) avec cependant deux handicaps majeurs pour plusieurs d’entre eux : la méconnaissance de l’écrit et de la langue française, aspects essentiels de la culture protestante.

Pour terminer, il faut rappeler qu’il s’agit surtout de conversions de type familial. Les sympathisants assistent aux réunions suite à une invitation de la part de proches ou d’amis. L’Eglise évangélique, comme les trois autres mouvements, pratiquent le baptême par immersion des adultes.

2.  Les Témoins de Jéhovah

Beaucoup plus discret que le précédent, le groupe des Témoins de Jéhovah, constitue celui qui a leu le plus de difficultés à s’implanter sur le Territoire.

Origines

Comme les évangéliques, les premiers Témoins de Jéhovah sont apparus dans la communauté expatriée. Au début des années 1970, quelques Wallisiens et Futuniens, rejoignent petit à petit les « Salles du Royaume Â» des environs de Nouméa : Ducos, Auteuil, Mont-Dore. Il s’agit avant tout de jeunes couples de la classe moyenne ou de quelques célibataires, instruits et suffisamment impliqués dans le tissu socio-culturel calédonien, pour s’ouvrir à des idées nouvelles. D’abord pris à la légère par la communauté wallisienne et futunienne installée en Nouvelle-Calédonie, le phénomène prend très vite des dimensions importantes. Avec les efforts des premiers Témoins, des familles entières se convertissent au mouvement. Il faut dire qu’une fois que les membres les plus influents sont touchés ( la mère, les aînés, les anciens), le reste suit assez rapidement.

Aujourd’hui plus de 300 Témoins de Jéhovah wallisiens et futuniens sont recensés en Nouvelle-Calédonie. Les quartiers traditionnellement habités par les expatriés du Fenua sont atteints dans leur ensemble : Koutio, Robinson, Saint-Michel, Païta, avec il faut le noter, une prédominance en nombre des Wallisiens dans le mouvement. Au milieu des années 1980, bon nombre d’entre eux choisissent de rentrer sur le Territoire.

Organisation

Le peu d’informations recueillies sur place et auprès des « Anciens du Royaume» installés à Nouméa ne permettent pas de dresser un tableau complet sur leur situation. Les grandes lignes peuvent cependant être tracées au sujet des 56 Témoins de Jéhovah du fenua :

l’engagement religieux est de loin, plus important que dans les autres lotu mavae et les convictions radicales bien définies : hygiène de vie, mariages internes, dîme, non-participation aux actes de la société civile.

La répartition géographique est assez équitable. Le siège se trouve à Mala‘e à Hihifo, mais le mouvement compte des familles dans les trois districts de Wallis. A Futuna, il y a une concentration des Témoins de Jéhovah à Taoa dans le royaume d’Alo.

Les membres sont en grande partie issus de la diaspora installée à Nouméa. L’un des principaux leaders locaux est lui-même d’origine tahitienne et est marié à une wallisienne. Plusieurs d’entre eux sont salariés et l’un a même ouvert récemment la première boulangerie-pâtisserie « Ã  la française Â» du Territoire.

Il n’existe pas de « salle du Royaume Â» mais les réunions se tiennent en général au domicile d’un des dirigeants.

Le groupe développe une abondante littérature religieuse en faka‘uvea : les Saintes Ecritures, les livrets d’étude biblique, les publications du mouvement : « Réveillez-Vous Â» et « La Tour de Garde Â» (Te Tulu Le‘o) et même un ouvrage d’apprentissage de la lecture à destination des personnes âgées. Tout le travail de traduction est effectué à Nouméa avec le soutien financier et matériel du siège mondial de l’organisation à New York.

Impact

L’arrivée des premiers Témoins de Jéhovah sur le Territoire a suscité un sentiment de crainte auprès des autorités coutumières et religieuses. La première mission envoyée de Nouméa, aurait été refoulée. Après quelques tentatives, c’est finalement le retour progressif, individuel ou en famille, qui a réussi.

A Wallis, et de manière plus vive encore à Futuna, la première réaction des pule kolo (chefs de village) et des villageois est celle de la condamnation ou tu‘a. L’organisation traditionnelle de la vie en communauté entre en concurrence avec le mode de fonctionnement du groupe des Témoins de Jéhovah. Ces derniers optent à leur conversion, pour l’abandon du fatogia donc des droits et devoirs à l’égard de la coutume. Pour les uns, il s’agit de « désobéissance civile Â» et d ‘  « individualisme Â», pour les autres, il est question de « persécutions Â». Si certains néophytes finissent par retourner dans le milieu catholique ou en tout cas essaient de renouer avec les structures sociales locales, d’autres choisissent l’expatriation [xxii] .

Il faut cependant nuancer les effets de cette « persécution Â» dans la mesure où la grande chefferie montre quelques signes de tolérance. Les Témoins de Jéhovah ne sont pas donc pas systématiquement tu‘a mais ils doivent comme pour les autres groupes adopter une position discrète : prosélytisme interdit, manifestations religieuses extérieures proscrites, lieux de culte limités au domicile des membres. D’autre part, les Témoins de Jéhovah maintiennent des liens assez forts avec leur entourage et le village. La participation au fatogia se fait de manière ponctuelle et privée, après arrangement avec le fono des villageois. L’implantation du mouvement dans des endroits comme Mala‘e ou Mata‘utu [xxiii] où la présence européenne est importante et donc autorise les « régimes d’exception Â», atténue les situations conflictuelles. Les Témoins de Jéhovah de Wallis et Futuna sont loin de connaître la position délicate de leurs coreligionnaires de Lifou [xxiv] (Nouvelle-Calédonie) ou Samoa entre tolérance et opposition directe.

3. Les Pentecôtistes

Autre nouveau venu sur la scène religieuse locale : les membres de l’Eglise évangélique de Pentecôte, plus connus sous le nom de « Viens-et-vois Â» [xxv] .

Origines

Le mouvement importé de Nouméa par les expatriés est d’implantation plus récente à Wallis et Futuna : depuis moins de deux ans. A Nouméa les « Viens-et-vois Â» sont en constante augmentation attirant par centaines des personnes déçues des églises traditionnelles (catholique, protestante). Fortement axée sur l’aspect charismatique : louanges, chants, et notamment les « dons miraculeux Â» comme le « parler en langues Â», le groupe a de quoi séduire les classes sociales les plus défavorisées du Caillou. L’assistance est essentiellement composée de Kanak, Wallisiens et Futuniens, Tahitiens, Vanuatais…et se distingue par son dynamisme et sa jeunesse. L’ambiance « électrique Â» qui règne dans leur lieu de culte du quartier de Normandie (Nouméa) et la mise en place d’offices en anglais et en langues vernaculaires apparaissent comme des garanties d’une identité océanienne et d’un esprit nouveau.

De jeunes pasteurs wallisiens sont formés et prêchent lors des réunions de l’assemblée ; La communauté wallisienne y est encore une fois majoritaire face aux Futuniens. Il est intéressant de noter que la notion d’identité culturelle océanienne y est plus développée qu’ailleurs. Les Evangéliques et les Témoins de Jéhovah se concentrent essentiellement sur la traduction des textes saints en langues vernaculaires mais restent fortement encadrées par des structures nationales, (françaises). L’Eglise pentecôtiste, quant à elle, opte pour la carte régionale. Cela permet aux Wallisiens et Futuniens, qui apprécient le fait de se distinguer au sein de l’assemblée par leurs costumes et chants, de se rapprocher de leurs voisins polynésiens et mélanésiens. En février 1997, lors du “Festival of Praise” organisé par la CPS à Suva (Fidji), tous les Etats et territoires du Pacifique étaient représentés, excepté Wallis et Futuna. Une dizaine de Pentecôtistes originaires du Territoire ont cependant tenu à défiler en costume traditionnel dans les rangs de la délégation calédonienne.

Au cours des mois qui suivent, les protestants wallisiens et futuniens tiennent à Koutio et à Nouméa des réunions hebdomadaires de coordination en vue d’un renforcement des effectifs restés au fenua.

Organisation

Les préparatifs de la mission s’organisent à Nouméa autour des pasteurs wallisiens et des anciens. Les compatriotes membres d’autres églises protestantes y sont conviés avec pour thème l’unité entre les différentes dénominations (les Témoins de Jéhovah et les Mormons quant à eux, ne se rattachent pas au protestantisme). Une collaboration étroite est prévue entre les Pentecôtistes et les dirigeants de l’Eglise Evangélique de Wallis & Futuna. Les néophytes formés à Nouméa arrivent à Wallis à partir de 1999. L’année qui suit en octobre a lieu la célébration de l’arrivée de l’Evangile à Futuna. Certains « Viens-et vois Â» se joignent à titre individuel à l’avènement organisé par les dirigeants du ma‘uli fo‘ou évangélique. En 2001, l’antenne locale de l’Eglise compte une trentaine de membres et sympathisants, placés sous la direction d’un pasteur kanak, envoyé par le siège de Nouméa et installé à Mala‘e (Hihifo).

Impact

L’implantation toute récente de ce groupe dans le paysage wallisien ne permet pas de mesurer les interactions qu’il possède avec la population catholique. Leurs étroits rapports avec les membres de l’Eglise évangélique, laissent à penser que leur intégration dans le contexte socio-culturel wallisien en est peu éloigné. Compte tenu du fait  que les enseignements se font en grande partie en français (avec traduction en faka‘uvea), le mouvement accueille désormais des visiteurs européens, (fonctionnaires en poste sur le Territoire), à la différence des autres lotu mavae.

Il faut par ailleurs souligner pour les Pentecôtistes une garantie non négligeable. Les nouveaux arrivants sont pour la plupart nés et ont vécu à Wallis. Certains sont issus de familles nobles et même royales : l’un des petits-fils du Lavelua en personne, a été converti à Nouméa et a participé à l’équipe missionnaire.

4.  Les Mormons

Le cas des mormons wallisiens et futuniens n’est cité qu’à titre anecdotique, compte tenu de leur nombre limité (2 femmes) et de l’absence de structures véritables ni de projet d’implantation réelle sur le Territoire.

Les deux membres habitent Futuna, l’une dans le royaume de Sigave et l’autre à Alo. Si la première semble progressivement réintégrer le milieu catholique sous la pression de sa famille et de son entourage, la seconde en revanche demeure fidèle depuis plus de 25 ans et a réussi à convertir quelques-uns de ses enfants. Baptisée au début des années 1970 à la congrégation de Magenta (Nouméa), la grand-mère sexagénaire est aujourd’hui la doyenne des 30 wallisiens et futuniens qui sont membres à part entière des communautés mormonnes de Rivière-Salée, Magenta et du Grand Nouméa. Quelques-uns de ces néophytes ont aujourd’hui rejoint la Polynésie française, la Métropole ou les Etats-Unis (Hawaii et Salt Lake City) pour la durée de leurs études ou de leur période missionnaire.

La situation de la première famille mormonne du Territoire est plus ou moins originale. A la variété des confessions existantes, s’ajoute celle des lieux de résidence et des occupations de chacun des membres:  

 

Comme indiqué ci-dessus, le milieu dans lequel les parents élèvent leurs enfants détermine l’appartenance de ceux-ci à des mouvements religieux divers. Après avoir vécu à Nouméa pendant plusieurs années, au sein de la communauté mormonne, la famille est rentrée définitivement à Futuna dans les années 1980. Le père est retourné un temps dans le tissu catholique avant de rejoindre avec sa fille aînée et quelques-uns des autres enfants le ma‘uli évangélique de Vaipalapu. La mère, quant à elle est restée ferme sur ses premières convictions, suivie de ses deux fils aînés, envoyés par la suite à Tahiti et à Paris où l’église mormonne est fortement présente. L’un d’entre eux est toujours étudiant à la Brigham Young University de Hawaii et travaille dans le Polynesian Cultural Center, organismes tous deux créés et gérés par la même église. Les enfants cadets, ont vécu dans le milieu traditionnel futunien et ont rejoint l’église catholique dans laquelle se trouvaient tous leurs proches et amis.

La situation de cette famille multiconfessionnelle est bien particulière, mais elle caractérise de plus en plus le cas des foyers wallisiens et futuniens où certains membres appartiennent à des lotu mavae.

*        *        *

Longtemps considéré comme territoire privilégié de l’Eglise catholique, Wallis et Futuna compte désormais son lot de lotu mavae. Le phénomène encore récent dans l’archipel rassemble quelques membres, convertis à Nouméa et par la suite sur place. L’impact de ces groupes reste certes peu important dans les îles mais ils sont appelés à se développer. La situation des Wallisiens et Futuniens installés en Nouvelle-Calédonie semble être le portrait le plus fidèle de cette mutation de la coutume et de la religion traditionnelle vécue actuellement au fenua.

Tableau récapitulatif

GROUPE

NOMBRE

ORIGINE

IMPLANTATION

DIRIGEANTS

Evangéliques

100

Lyon

Wallis : Vailala

‘aliki futuniens

Témoins de Jéhovah

54

Paris

Futuna : Taoa

Expatriés

Pentecôtistes

30

Paris

‘aliki wallisiens et Européens

Mormons

2

USA

   Sources : Familles concernées au fenua et responsables installés à Nouméa, également en charge de Wallis& Futtuna. Seuls les Témoins de Jéhovah fournissent des données détaillées, accessibles sur le Net.

http://www.watchtower.org/statistics/worldwide_report.htm

BIBLIOGRAPHIE

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